Lundi 21 mai 2012
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Avant la parution du livre "Verdines", voici un court extrait. Victor le
guitariste déjanté voyage à vélo sur les routes de la Transylvanie...
"Il avait attaqué la route avec l’entrain du novice. Il roula ainsi plusieurs heures, des rêves plein la
tête, il se sentait comme un poisson dans l’eau. En parlant d’eau, il reçut une première averse et dut trouver un abri à vitesse superluminique. Dire à tombeau ouvert serait de
mauvais goût puisqu’il se retrouva sous le porche d’un cimetière.
Après s’être abandonné sous ce porche, plus ou moins confortablement installé, sur une grosse plaque de
granit
plate, dans ce cimetière où les tombes étaient entourées de cosmos, petites fleurs roses et blanches, il
ouvrit un oeil pour se rendre compte que le vent avait séché l’averse. Une foule d’autres fleurs dont le nom échappait à Victor prospérait autour de chaque stèle. Le caractère
paisible était accentué par les collines qui encerclaient le cimetière. Il se leva et fit le tour des tombes, en pratiquant des étirements qui éberluèrent une communauté de
Roumains arrivée de nulle part pour enterrer un proche, sans que Victor n’en perçoive sa venue tant le silence était consistant.
Il procéda à une sorte de génuflexion, pour s’excuser, allant à reculons, ce qui eut pour effet de les
effarer davantage. La bouche ouverte, ils haussèrent les épaules en retournant à ce à quoi ils étaient employés : enterrer leur proche. De retour sur la route redevenue sèche,
Victor s’enfuit presque, à grands pas, ramassa son paquetage, son vélo, et déguerpit.
Sur la route nationale, il croisa des carrioles emplies de foin, tirées par un cheval. La plupart du
temps. Ou chargées de légumes et fruits de l’été. Les paysans roumains, une casquette vissée sur la tête, des chemises montées sur des pantalons de velours côtelé, le scrutaient,
puis le saluaient. La plupart du temps."
Un peu plus loin sur la route :
"L’épouse du paysan était une petite femme ronde. Elle portait un gilet de laine sur une jupe longue et
coiffée d’un fichu fleuri. La plupart des paysannes qu’il avait vues portaient un fichu. Elles se déplaçaient loin de leur exploitation, pour vendre des pastèques, ou autre fruit
de saisons sur les marchés et dormaient parfois en plein air, près de leur production.
Elle avait la figure chiffonnée comme ces tissus polyesters des robes à la mode chez nous, que l’on doit
faire sécher tournicotés afin qu’ils ne perdent pas leur plissure. Sa figure à elle était chiffonnée, pas tournicotée.
Le bonhomme lui servit un alcool sans doute fait maison, que Victor fût contraint d’avaler. Son verre
vide fut aussitôt rempli. Il eut toutes les peines du monde à refuser le troisième.
L’homme et la femme s’amusaient de voir les yeux de Victor devenir de plus en plus étincelants à cause
de l’alcool
absorbé. Pendant que l’homme tenait Victor par le bras, la femme lui servit une soupe de légumes aux
parfums étrangers. Un mélange d’épices et d’herbes lui envahissait les naseaux.
Il avala la soupe qui chassa les vapeurs d’alcool. Mangea une tranche de pain. Ils échangèrent tant bien
que mal sur les différences entre l’agriculture roumaine et l’agriculture française. L’échange fut brisé par divers “hum”, “euh”, » je veuh »…, vous…, « mm » et autres onomatopées, en
français comme en roumain. Lorsque Victor et ses hôtes furent en panne, ils convinrent de se séparer."
Vos pensées...